Jean Lassalle offre la vallée au massacre
Photo : A.E - Travaux d’aménagement de la RN 134 pour le tunnel du Somport en Vallée d’Aspe
Voici le lieu-dit des « Fontaines d’Escot », surnommé « la sale tranchée », site dont Jean Lassalle, grand défenseur local de ces travaux massacreurs du gave, voulait faire « une carte postale de la vallée » !
De ce lieu même, la DDE, responsable en chef du massacre fut obligée de reconnaître : « aujourd’hui, les seuls points noirs paysagers […] sont constitués par les stigmates de ces travaux» ! Et face au désastre de la «sale tranchée», les élus oublièrent même étrangement de l’inaugurer. Triste destin pour une « carte postale de la vallée»et quelle peine pour ceux qui connaissaient et aimaient les Fontaines d’Escot avant ce forfait. La vraie carte postale est perdue à jamais.
Vallée d'Aspe : la mort des fontaines d'Escot
Un écologue de métier a essayé de développer la notion de «locucide». Je crois que nous y sommes exactement avec cette sale tranchée. «Locucide : le crime le plus vertigineux que puisse commettre notre société technicienne. C’est un lieu qui est mort, un lieu chargé de l’histoire des générations qui s’y sont succédées, avec ses cerisiers et ses villages […], sa campagne où a pris fin le dialogue millénaire du paysan avec la Nature ».
Les travaux aux fontaines d’Escot: La sale tranchée. Cette paysanne fauche son champ pour la dernière fois.
C’est un peu ce que reconnaît enfin le cahier des charges de la RN 134 en 1994 : «un aménagement du gave sur le modèle des fontaines d’Escot donnerait raison aux détracteurs de la route et du tunnel»
Le gave est recalibré, endigué. Ses affluents coulent dans des buses. Il s'agit de l’artificialisation d’une rivière précieuse : une zone de frayère des saumons atlantiques. C’est la « carte postale de la vallée » pour Jean Lassalle… (photo : SEPANSO Béarn)
Le gave d’Aspe est un joyau paysager mais aussi biologique
Liste des dégâts sur le tronçon des fontaines d'Escot :
- Endigage et chenalisation du gave
- Rectification de son cours
- Destruction de frayères et de zone d’expansion des crues
- Busage d’affluents et construction de ponts
- Modification du lit
- Disparition de rares terres agricoles plates
- Suppression de la végétation riveraine fixatrice des berges
(Document SEPANSO Béarn)
Sans oublier la pollution liée au trafic de poids lourds et aux accidents chimiques potentiels.
A l’époque de cette tranchée, Lassalle, infatigable promoteur de la route à camions et du tunnel, répétait à qui voulait l’entendre dans la vallée, «Avec la route, nous pourrons plus vite acheter notre journal à Oloron!» ignorant peut-être que jusqu’au village d’Etsaut, en haute vallée d’Aspe, on trouve des lieux de commerce pour acheter son journal sur place sans avoir à tracer jusqu’à Oloron !
Pire, pour lui, les élus qui osaient s’élever contre les travaux du tunnel avaient été traités en octobre 1991 d’ « écologistes fanatiques » alors qu’ils ne faisaient que se préoccuper de l’avenir économique de la vallée d’Aspe et de la qualité de vie de leurs concitoyens. La cause de ce supposé «fanatisme» ? Ils regrettaient ne pas disposer d’une étude d’impact globale,pourtant obligatoire : tunnel + aménagements routiers ainsi que d’une enquête publique permettant d’évaluer s’il y aurait des retombées économiques pour les habitants. Ce à quoi Jean Lassalle répondit froidement en Septembre 1991: « Pour les études, on n'avait pas le temps! »
Institution Matrimoniale du Haut Béarn
Plus fort, en 1993, pas essoufflé pour un sou, Jean Lassalle continue à jouer aux VRP zélés de son tunnel en affirmant sans rougir que la route permettrait « de faire se rencontrer les fougueux bergers solitaires et les femmes qui se languissent en ville », propos lourdauds auquel les opposants au projet répondirent avec humour en organisant un « marché aux femmes » à Bedous !
Par contre, de façon constante, Lassalle ne cesse de faire pression pour que l’emprise de la route en travaux soit la plus large possible dans la vallée:
- Le 24 mars 1995, Bayrou ne le soutient pas lorsque Jean Lassalle lui demande de protester contre la décision de rejet des commissaires enquêteurs de la 3 voies continues entre Urdos et les Forges d’Abel.
- Quand les ministres de l’Equipement successifs déclarent que la route restera une route à 2 voies, Jean Lassalle s’acharne à réclamer « des créneaux de dépassement partout où la place l’autorise en vallée d’Aspe » (J.L Palacio dans «Le tunnel de l’absurde» 2000).
Les travaux de la déviation d’Etsaut : la gave et le paysage paient la note. La DDE s’auto-attribue le « ruban d’or ». Photo P.P.
Les travaux ont salement abîmé la vallée, ils ont par endroit profondément entamé son capital naturel. Heureusement que la pression des écologistes et des défenseurs de la nature a été elle aussi constante dans un combat redoutable qui, ne l’oublions pas, a broyé un homme (Eric Pétetin), car l’affaire des fontaines d’Escot où l’on mène les travaux vite et mal pour économiser au détriment du site, auraient pu se répéter partout ailleurs.
Plus cynique : le tronçon de la déviation Etsaut-Borce (photo ci-dessus) a même reçu la distinction auto-proclamée de la DDE , le « Ruban d’or 1999 » Ce qui ne l’empêcha pas de s’effondrer deux mois après son ouverture sous un énorme éboulement rocheux… L’impact du réaménagement de la route reste néanmoins très fort dans la vallée selon les endroits.
Mais ce que l’on doit aussi aux écologistes, c’est la réduction de la dimension du projet routier. En effet, c’est bien d’un axe européen de dimension autoroutière qu’il s’agissait au départ de réaliser comme en témoigne cette note de synthèse de la DDE des Pyrénées Atlantiques pour présenter le tunnel du Somport : « Aussi, conformément au souhait de la communauté de créer un réseau de transport cohérent, homogène et adapté aux besoins, depuis l’entrée de la Péninsule Ibérique dans la Communauté européenne a pris corps la volonté d’achever la réalisation d’un axe à caractère autoroutier reliant par le centre de la chaîne pyrénéenne l’Aragon, la Nouvelle Castille et le Levant aux régions Aquitaine et Midi-Pyrénées. Aussi, cet axe déjà classé itinéraire européen E7 figure-t-il à juste titre dans le réseau des liaisons routières d’intérêt communautaire. […] Chacun s’accorde à prévoir une véritable implosion du trafic dès qu’il sera achevé. »
Ce n’est qu’en 1999 que les ministres Dominique Voynet et Jean Claude Gayssot purent écrire :
« Cet axe n ‘a pas vocation à être le support d’un itinéraire de grand transit routier international. L’aménagement de la route se limitera à une seule chaussée sans aucune perspective d’aménagement ultérieur de capacité ».
Malheureusement, ceci reste encore à prouver et même cette capacité limitée peut faire encore d’énormes dégâts comme actuellement la destruction de la ripisylve du gave sur la plaine de Bedous, à Cette-Eygun ou pour le passage très étroit du verrou du Portalet. La poursuite de l’aménagement de l’axe E7 en couloir à camion est toujours d’actualité pour le lobby pro-route et pro-camions du BAP dont Jean Lassalle reste un actif membre du bureau.
P.P.

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