Extrait de la Réponse d'Alain Rousset, président du Conseil régional d'Aquitaine, à un courrier de Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques.
"Monsieur le Député-Maire,
J'ai hésité à répondre à votre courrier en date du 18 octobre tant vous êtes coutumier de ce genre de lettre ouverte où la polémique le dispute à la désinformation. Et vous venez récemment d'ajouter l'insulte.
Mais devant la réaction de nombreuses personnes (élus de toutes sensibilités, responsables professionnels, associatifs...) indignées par la façon dont vous traitez, à travers moi, l'institution régionale, j'ai tenu à répondre à vos assertions.
Dans l'exercice de mes responsabilités régionales (comme dans l'ensemble de mes responsabilités publiques), j'ai toujours privilégié l'action à la gesticulation, la construction à la plainte. De même, j'ai toujours tenu à assumer pleinement les charges que l'on m'avait confiées, sans jamais baisser les bras et sans rechercher à me défausser sur quiconque.
En pointant, un par un, les dossiers problématiques du Haut-Béarn et en désignant la Région comme la cause de tous vos maux, vous établissez, d'une certaine façon, le constat de votre impuissance et de votre absence d'anticipation.
Vous appartenez, depuis des années, à la majorité du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, vous avez assumé régulièrement des responsabilités exécutives. Vous épauliez la majorité gouvernementale en tant que député, entre 2002 et 2007...
Pour l'ensemble des questions évoquées dans votre courrier, vous avez manifestement eu recours à la caricature, à l'approximation et aux contres-vérités et vous cherchez à chaque fois des boucs émissaires à votre impuissance. Pour ma part, je livrerai des éléments de réponse basés sur la rigueur et l'exactitude des faits.
Construction puis arrêt du Pau Canfranc - Construction du tunnel du Somport puis arrêt des travaux sur la RN134 - Liaison autoroutière Pau Oloron entièrement financée et prête au démarrage des travaux en 94, complètement abandonnée en 2008... : Ces assertions sont une belle preuve de désinformation sur ces dossiers.
La réouverture de Pau-Canfranc dépend de Réseau Ferré de France (RFF) et l'Etat, son tuteur, s'est constamment opposé à cette réouverture, malgré l'inscription à notre initiative de 52M€ dans le Contrat de Plan Etat-Région 2000-2006. Qu'avez vous fait de votre coté au titre du Conseil général et vis à vis de l'Etat dont c'était la responsabilité ?
Je précise que la Région n'a pas de compétence dans le domaine des infrastructures ferroviaires. Néanmoins, elle finance la régénération de la ligne entre Pau et Oloron, menacée de fermeture pour un montant de 13,1 M€ sur un total de 35 M€. Ensuite, elle a réussi à convaincre RFF en 2008, d'assurer la maîtrise d'ouvrage des travaux de réouverture entre Oloron et Bedous, d'un montant de 30 M€, dont elle assumera seule le financement. RFF s'est engagé à démarrer les travaux depuis Pau jusqu'à Bedous à compter de début 2010. De plus, le groupe de travail quadri-partite sur la réouverture de la ligne ferroviaire Pau-Canfranc (composé du secrétaire d'Etat aux Transports espagnol, des présidents d'Aragon et d'Aquitaine et du représentant de l'Etat français) s'est déjà réuni deux fois et doit le faire prochainement à Madrid. Le dossier avance malgré les réticences de l'Etat français et grâce à l'Aquitaine qui le défend, parfois seule avec ses alliés espagnols.
Enfin, je vous invite à vous renseigner : il n'y a aucun problème quant à la compatibilité de la ligne actuelle avec le site de Messier à Bidos. Mieux, la SNCF vient de me confirmer que l'on pourra faire circuler un TGV sur la ligne Pau-Canfranc à vitesse réduite !
Les travaux du tunnel du Somport ont été engagés bien avant 1998, au sein du Contrat de Plan 1994-1998, par l'ancien exécutif. Je n'ai fait que solder des engagements antérieurs et je me suis abstenu d'assister à l'inauguration du tunnel pour protester contre la non réalisation simultanée des aménagements de la RN 134.
La RN134, je le rappelle, demeure de la seule compétence de l'Etat même après le transfert des routes aux conseils généraux. Ce sont plus de 54M€ qui ont été inscrits au contrat de plan Etat Région 2000-2006 pour l'amélioration de cet itinéraire. Aujourd'hui, malgré les avances financières de la Région consenties à l'Etat (jusqu'à +17M€ !), ce chantier n'était engagé, fin 2007 qu'à hauteur de 87,2% et payé qu'à 56%. Vous devriez mobiliser votre énergie pour que l'Etat accélère les délégations de crédits, sinon l'exécution de ce CPER 2000-2006 risque de se terminer en 2011 ou 2012. La Région tiendra ses engagements : nous inscrirons au Budget Primitif 2009 3,257 M€, avec notamment le paiement de la déviation de Bedous.
Et comme vous semblez l'oublier ou l'ignorer, les nouveaux Contrats de Projets 2007-2013 ne comprennent plus d'infrastructures routières, depuis le décroisement des compétences, issu du transfert de la majorité du réseau routier aux départements.
Quant à la liaison autoroutière Pau-Oloron, vous allez vite en besogne en déclarant qu'elle était entièrement financée et prête au démarrage des travaux en 1994, puis complètement abandonnée en 2008 (par le Gouvernement actuel). En 1994, ce n'était que le fuseau de 1000 m qui était approuvé et il n'y avait à ce stade aucun plan de financement. Puis, la décision de principe sur la bande de 300 m a été remise en cause par décision ministérielle du 13 janvier 1998 après des études complémentaires. En avril 2002, cette liaison autoroutière a été inscrite aux Schémas de Services Collectifs Transports, approuvé par la Région Aquitaine, puis il y a eu concertation publique en 2004 et les études d'avant projet sommaire ont été terminées fin 2007. J'ai donc défendu cette desserte et je la défendrai encore.
Mais là encore, vous devriez concentrer vos efforts en direction de l'Etat, seul maître d'ouvrage. Dans un communiqué en date du 4 juin 2008, M. Borloo a annoncé l'abandon unilatéral du projet pour le limiter «à une stricte sécurisation la RN134, plus au Sud dans la vallée d'Aspe et vers le tunnel du Somport », eu égard aux orientations issues du Grenelle de l'environnement...
Nous voudrions « discréditer et détruire » l'Institution Patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB)
Vos accusations tombent mal. En 2008, notre collectivité va contribuer pour la somme de 106 000 € au colmatage des brèches financières de cet établissement public. Certes, nous avons réfléchi longuement avant de prendre cette décision car l'Etat lui-même avait suspendu tout financement pendant l'année 2007 car l'IPHB s'était éloigné de ses objectifs essentiels. Il a rétabli son concours en 2008 mais simplement à titre exploratoire, en se gardant bien de s'engager de façon pluri-annuelle. L'expérience récente invite, il est vrai, à la plus grande prudence.
La mort de Cannelle, dernière ourse de souche locale, a symbolisé manifestement un échec en matière de protection de la biodiversité. L'IPHB repose dés lors essentiellement sur le développement des activités pastorales et forestières que la Région finance sans discontinuer.
Nous constatons, malgré cela, une envolée des dépenses de fonctionnement ces dernières années : la masse salariale est passée de 220 000 € à 300 000 € entre 2000 et 2007 (+36,4%) et sa part dans les charges de fonctionnement de 42% à 56% (Source : Syndicat Mixte du Haut Béarn).
Nous continuerons à accompagner les bergers, les sylviculteurs, les communes dans leur volonté de développer l'économie pastorale et forestière mais nous sommes tous soumis à une utilisation rigoureuse de l'argent public.
L'IPHB participe au développement du pastoralisme mais le pastoralisme ne se résume pas à l'IPHB. Ce serait ignorer l'action des bergers, des communes, des forestiers, de l'ensemble des acteurs de l'économie de montagne. La Région, par exemple, investit pour la construction et la réhabilitation des cabanes, finance la réalisation de pistes et divers aménagements pastoraux, participe aux opérations de sortie du bois par câble...
Nous aurions refusé d'adosser au Contrat de Projets une convention avec l'IPHB quand dans le même temps nous l'aurions fait à l'égard du Pays Basque...
Il n'est pas raisonnable de placer sur un même plan votre établissement dont les missions spécialisées sont exercées sur 21 communes avec un territoire de projet comme le Pays Basque dont la vocation est de construire un programme de développement local à l'échelle de 158 communes et 290 000 habitants -dossier porté au demeurant par votre collègue Jean-Jacques Lasserre. Ensuite, si le CPER n'a pas intégré une convention avec l'IPHB, c'est que l'Etat n'a pas voulu de Volet Territorial. Pas plus qu'il n'a souhaité contractualiser avec les pays et les agglomérations d'Aquitaine, à l'exception du Pays Basque. Etes-vous intervenu à l'Assemblée Nationale pour dénoncer cela ?
Nous nous «acharnerions à établir le fait que l'IPHB aurait extorqué la Gaule Aspoise»
Je n'ai pas à m'immiscer dans les relations difficiles que vous entretenez avec la Gaule Aspoise. Mais quand son Président nous tient informé, en tant que partenaire financier de la politique de l'eau, de ses difficultés, qu'y a-t-il à redire ? Nous nous bornons à constater, en l'espèce, que plusieurs maires de la Vallée ont émis le souhait de recourir à une autre procédure pour exécuter la maîtrise d'ouvrage des travaux d'aménagement des berges du Gave.
(...)
A propos du Parc National des Pyrénées
Le Conseil régional soutient la zone périphérique du Parc National des Pyrénées, future zone optimale d'adhésion - et non d'extension obligatoire comme vous le laissez entendre - depuis des années, et particulièrement depuis qu'il a obtenu dans le cadre du Contrat de Plan et désormais dans la Convention interrégionale de Massif, des engagements de l'Etat. De nombreuses communes bénéficient de ce programme spécifique chaque année.
Le nouveau décret concernant le Parc National, dans lequel est prévu un renforcement du poids des élus locaux avec une présidence obligatoirement assumée par l'un d'entre eux, maintient ce soutien à partir d'une Charte qui sera démocratiquement débattue avant son adoption.
Le Conseil régional voit dans cette procédure une évolution positive et il participera activement à son élaboration.
A propos de ma présence à l'Assemblée Nationale lors des débats sur le Grenelle de l'environnement
Permettez-moi de préciser que l'Association des Régions de France avait décidé de confier la défense de ses amendements à un seul orateur, en l'occurrence Jean-Jacques Queyranne, député et Président du Conseil régional de Rhône-Alpes, dans un souci d'efficacité et de clarté.
Mais, je m'étonne de ne pas voir mentionné, dans votre courrier, le soutien de la Région à de nombreux dossiers de la Vallée : la construction des cabanes, les aménagements pastoraux, l'héliportage, la sortie du bois par câble, le soutien aux éleveurs transhumants pour la reconnaissance et la valorisation du fromage fermier d'estive, le festival « Eldorando », la réhabilitation du refuge de Labérouat, l'organisation du concert de Nadau à Lescun, la construction et la modernisation des gîtes, la réhabilitation du fort du Pourtalet, le centre multiservices de Bedous, l'emploi et les entreprises, les infrastructures....
Vous pourriez aussi souligner les investissements réalisés dans nos lycées : 11,2 M€ depuis 1998 au Lycée du « IV septembre 1870 », 9,7 M€ depuis 1998 au Lycée Jules Supervielle, 1,1 M€ depuis 1998 au Lycée Guynemer, sans compter notre récente décision d'intervenir sur la ferme du Lycée agricole de Soeix.
Sur une question aussi cruciale que le développement économique et l'emploi, la Région consacre une part toujours plus significative de son budget en faveur du maintien, du développement et de l'émergence d'activités industrielles. En 2008, ce sont 140 M€ qui sont injectés dans l'économie régionale, ce qui nous place en pourcentage du budget au premier rang des régions françaises. Cette politique concerne tous les territoires d'Aquitaine, à commencer par le Haut-Béarn, avec par exemple :
- MESSIER DOWTY à Bidos : le Conseil Régional apporte un financement de plus 1,9 M€ à la société pour lui permettre de conduire son projet « Bidos 2008-2010 ». Au-delà de la réindustrialisation de ce site, Messier Dowty investit massivement pour la recherche et l'innovation avec une stratégie de co-développement avec les PME locales. Cet ancrage territorial d'un leader mondial de l'aéronautique illustre parfaitement la stratégie que la Région mène depuis de nombreuses années.
- Les PME de tous secteurs, de par leur réactivité, font preuve d'initiative pour des projets de développement qui nécessitent conseil, ingénierie et financement. La Région a mis en oeuvre des outils qui les aident à aller de l'avant. Des entreprises comme PHILIPPE MORISSE ou BEATEX, à Oloron-Sainte-Marie, ont des parcours exemplaires et la Région est à leur côté. Le secteur automobile, fortement présent sur votre territoire, bénéficie également d'un soutien significatif de la part de la Région, à l'image de l'entreprise FEDERAL MOGUL pour laquelle une aide à l'investissement immobilier de près de 100 000 € a été accordée pour son extension, assortie de la création d'une vingtaine d'emplois.
- TOYAL à Bedous : la Région accompagne chaque entrepreneur dans ses projets, même lorsque ceux-ci sont parfois forcés dans leurs orientations stratégiques. Vous avez exigé une décision politique nationale pour le site de la société TOYAL à Accous à laquelle l'entreprise a répondu, moyennant des efforts industriels et financiers auxquels prend part la Région. Une aide de plus de 350 000 € a été attribuée à la Communauté de Communes de la Vallée d'Aspe pour la réalisation de la plate-forme. Mais l'entremise de votre action retarde les investissements immatériels sur le sol français du groupe TOYAL en faveur de nouvelles activités européennes innovantes, ce qui peut affaiblir à terme le maintien de cette entreprise en région, alors que l'offre régionale en matière de recherche et développement est en parfaite adéquation avec leurs besoins. Pour votre information, la Région finance, notamment, des bourses de recherche sur les nouveaux produits de TOYAL.
Par ailleurs, je n'oublie pas qu'il a fallu, il y a quelques années, que j'intervienne personnellement auprès du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques pour qu'il sécurise la route au droit de l'usine TOYAL.
Je vous invite, à l'avenir, à privilégier des modalités d'action plus constructives et à appuyer vos affirmations sur un minimum de vérifications et d'appréciations objectives.
Le Haut-Béarn est un territoire attachant et porteur d'espoir. Il a besoin d'innovation, de modernisation et de créativité plus que de polémiques stériles et la Région Aquitaine sera toujours présente pour avancer dans ce sens.
Je vous prie de croire, Monsieur le Député-Maire, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs."
Alain Rousset,
Président du Conseil régional d'Aquitaine
Source : Décolorons
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