Trois mois après le jeûne de l'élu, le projet d'agrandissement est au point mort.
Hervé Lelièvre est très en colère. Trois mois après le protocole d'accord signé entre le député UDF Jean Lassalle au terme de sa grève de la faim et Nicolas Sarkozy, le président de l'usine Toyal ne sait toujours pas où il va. Si bien que cette drôle d'histoire politico-industrielle pourrait bien rebondir dans les prochaines semaines.
Reprenons. Ici, dans le village d'Accous, au coeur de l'une de plus belles vallées des Pyrénées, les 145 salariés de la filiale française d'un petit groupe japonais produisent depuis quatre-vingts ans des poudres et pâtes d'aluminium utilisées dans l'industrie comme revêtement anticorrosion. Il y a huit ans, un projet d'extension, sur ce site de cinq hectares où coule le Gave, a été mis en route. Tout en conservant le site d'Accous, l'entreprise décide d'aller sur le site de Lacq, mieux équipé pour accueillir un investissement polluant et disponible grâce au désengagement progressif de Total. C'est à 65 km, au pied des montagnes. Les travaux devaient débuter fin juin. Et la mise en production au mois de mars 2007.
Terrain en pente
Mais il y a eu Jean Lassalle, ses 39 jours de jeûne sur un banc de l'Assemblée et ses soupçons de «délocalisation rampante». Alors que le député était hospitalisé, le PDG japonais de Toyal et le ministre de l'Intérieur trouvaient une sortie de crise : l'extension ne se ferait plus à Lacq mais à Accous. Mais une demi-douzaine de réunions plus tard, les choses se compliquent. L'aménagement du site coincé entre les montagnes, en amont de l'usine actuelle, est un vrai casse-tête. Et les investissements publics nécessaires s'annoncent colossaux. Toyal doit aujourd'hui conjuguer deux impératifs :
- sa mise aux normes Seveso 2, et
- le développement de ses capacités de production.
Pour cela, Hervé Lelièvre misait sur un emplacement de 4 à 5 hectares. On ne lui en propose actuellement que 2,5. «Insuffisant», dit-il. De plus, le terrain est en pente. Dix mètres de dénivelé. Il faudra donc au préalable tout terrasser, déplacer 45 000 m3 de terre, pour créer une plate-forme.
Lassalle affaire
Une étude commandée par Toyal estime le surcoût entre 4 et 6 millions d'euros. Hors de question, pour l'industriel de payer la facture. C'est donc l'Etat et les collectivités territoriales qui sont appelés à mettre la main à la poche. «Moi, ce que j'attends, c'est qu'on me prépare le terrain comme à Lacq. Je ne veux rien dépenser de plus , prévient Hervé Lelièvre. Ils se débrouillent comme ils veulent, je veux les mêmes avantages, ni plus ni moins.» Difficile de rivaliser face un site industriel organisé avec pompiers, médecins, gardiennage, maintenance, sous-traitants, laboratoire, et surtout le chemin de fer et l'autoroute en bordure. Pire, la configuration du lieu implique, selon Toyal, la création d'une nouvelle route. Il faudrait la creuser dans la montagne, afin de garantir la sécurité des salariés amenés à faire des va-et-vient sur l'actuelle voirie, et celle des touristes, détournés vers le nouvel axe. Car en augmentant de 50 % sa production annuelle, Toyal triple aussi l'utilisation de white spirit, produit dangereux, hautement inflammable.
Lassalle dépense
«La situation est devenue complètement folle», glisse Patrick Aubouin, le directeur administratif et financier de l'usine. Selon la réglementation européenne, les fonds publics ne peuvent servir à financer une entreprise privée au-delà de 17 % de l'investissement total. «Il y a une impasse , poursuit le dirigeant, je ne sais pas quel montage financier ils vont nous sortir.» D'autant que Toyal réclame encore le remboursement de 200 000 euros dépensés en consultation d'architecte pour le site abandonné. Prudentes, les collectivités avancent à reculons, inquiètes de savoir où elles s'embarquent.
Opposé depuis le début à la campagne de Jean Lassalle, Georges Labazée, chef de file des socialistes au conseil général et vice-président du conseil régional, refuse de porter le chapeau : «Nous n'irons pas au-delà de nos compétences. La nouvelle activité pouvait très bien se dérouler à Lacq. C'est un site équipé, qui a déjà coûté de l'argent. On dira donc au fur et à mesure quel est le cadre de notre intervention. » Même chez les défenseurs d'une extension site d'Accous, personne ne s'engage sur les chiffres. «Il y a un prix à payer pour garder les emplois ici», estime René Rose, président de la communauté de communes. Même Jean Lassalle élude la question des financements, objectant qu' «il est un peu tôt pour répondre» et qu'«on ne peut pas résoudre toutes les questions en trois mois».
«Hypothèse fausse»
Pour le moment, c'est sur la participation de l'Etat que pèse la plus grande inconnue. Et il y a peu de chance que les autres partenaires bougent avant d'avoir des garanties de ce côté-là. Une nouvelle étude doit être réalisée afin de contrebalancer celle de Toyal, jugée «trop chère», par les pro-Lassalle. Pour le député UDF, «on ne peut pas résoudre une équation avec une hypothèse fausse [l'étude de Toyal, ndlr] qui met en avant tous les inconvénients possibles et imaginables» . Mais à force d'attendre, Hervé Lelièvre voit rouge. Il espérait les premières réponses pour cette semaine, mais n'a obtenu que la garantie de finir le terrassement en juillet 2007.
Lassalle de réunion
Aujourd'hui, le PDG du groupe arrive d'Osaka pour une rencontre avec ses collaborateurs et le préfet. «Nous avons sauvé la face du gouvernement en signant un protocole sans queue ni tête, et on se retrouve dans une situation complètement inextricable», déplore Lelièvre . Le groupe n'exclut pas un passage en force pour un retour à Lacq, voire un départ vers la Roumanie. Jean Lassalle sait que se joue désormais la dernière manche. «On va voir si un accord entre un ministre d'Etat et un groupe industriel a une valeur. Ou si c'était juste pour écrire une jolie fin face à un député mal en point.»
Réactions
Cyrille: volte-face
C'est étrange de voir à quel point les medias font et défont l'opinion à leur gré. J'aurais bien aimé lire des articles expliquant le pour et le contre de l'action de Jean Lassalle AU MOMENT de sa grève de la fin. Au lieu de cela, tous les medias ont emboité le pas au député en ne s'intéressant qu'à l'acte (la grève de la faim) et jamais à la situation sur le terrain. Moralité, Jean Lassalle a eu le soutien d'à peu près toute la population française, et c'est seulement maintenant qu'on s'interroge...
kikuyyu: et les ecolos ?
C'est tout de même étrange, on installe une usinne catégorie soveso 2 dans les pyrénées, on s'apprête àmassacrer tout un site pour construire une usine, une route, etc. en dépit du bon sens, bref, on met en péril une vallée entière parce qu'un député proche du gouvernement fait une grêve de la faim, et on n'entend pas un seul écolo, protecteur de la nature s'élever et brailler contre cette ineptie et les dangers qu'elle représente... incroyable ! Pour réclamer des pistes cyclables n'importe où dans Paris sous de fallacieux prétextes écologiques, ils sont des dizaines, mais pour sauvegarder un des plus beau sites naturels de France, pas une voix ne s'élève. Chapeau bas messieurs les politiques et défenseurs de la nature !!
Gilles: Pitoyable
Ce pauvre Jean Lassalle fait tout à l'envers depuis le début. Il est tout simplement incompétent. Triste.
Nicolas B: libéral?
Un député libéral... qui demande à l'Etat d'être autoritaire devant une entreprise et de financer des activités économiques privés...!!! Ces libéraux deviennent tous collectivistes à l'épreuve des faits Lundi
Eric Touati: Halte aux gasillages de l'argent public et à la démagogie !
Cette affaire est bien caractéristique des abus de droits de notre REPUBLIQUE.Parce qu'un député nous a fait son cirque, on serait sur le point de mettre des millions d'€ par la fenêtre. Je suis bien placé pour savoir que si l' ETAT commençait par faire respecter les lois fondamentales on ne serait pas dans ce genre de mascarade. Ici en Mayenne, j'ai vu 2 Préfêts depuis 2002 ne pas faire respecter nombre de législation, et personne ne bouge encore.
Romeo: raciste et demago
le combat raciste (ne les croyons pas ce sont des Japonais), demago (sus a la mondialisation) de Jean Lassalle trouve son epilogue absurde : le site retournera a Lacq ou filera en Roumanie. Chapeau l'artiste!
Gaifier: Fin de partie ?
Avec sa grêve de la faim, lassalle va simplement obtenir le départ de toute l'activité en Roumanie!
X: Quand on ne réflechit pas
Il ne suffit pas de faire la grève de la faim pour qu'un projet ridicule devienne un bon projet. Monsieur lasalle a voulu faire croire qu'il existait indépendamment de la réalité; il a eu tort et il faudra bien que la réalité reprenne le dessus.
Guillaume: Lassalle, le pinpin des Béarnais
Lassalle brade la sécurité et la santé des Pyrénéens par ses coups de geule, Fire une seveso 2 sur ce site c'est aller à l'encontre de toute logique, le surcout est énorme et met en péril les habitants de la vallée
Angel: continuité
Après le passage en force pour imposer le tunnel du Somport en 1992, les mêmes gens veulent imposer un agrandissement d'un site ultra-polluant dans la même vallée. Et la plupart des ouvriers qui travaillent là vivent à Oloron qui est plus près du site de Lacq que l'usine d'Accous ! Fierté rurale mal placée ! Opportunisme sarkozien sans fin ! How green was my valley !
Source : Libération
[ NDLB: Somport, IPHB, Toyal, Jean Lassalle a des cailloux dans ses chaussures, il ne sait plus courir...
Attention Monsieur Lassalle, les valises que vous trimballez commencent à peser lourd, vous êtes entrain de vous faire rattraper et vous allez vous faire bouffer par les scandales.
On dirait que tout le monde participe aux grandes manoeuvres. ] Besoin de vacances? La Slovénie, quel belle nature reposante et préservée.
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