Toyal pollue le gave
L'usine de pâte d'aluminium a pollué le cours d'eau qui longe ses installations à trois reprises. Un argument de plus pour ne pas s'étendre à Accous. Trois fois ces derniers mois, l'usine Toyal a pollué le gave avec des solvants servant à l'élaboration de la pâte d'aluminium
Au cours du dernier semestre, l'usine Toyal, sise à Accous, a pollué à trois reprises le gave qui borde son site de production. Le premier incident remonte au mois de mars -en pleine grève de la faim du député Jean Lassalle à l'Assemblée Nationale- suite à une erreur humaine, des solvants se sont déversés dans le cours d'eau. La seconde pollution est signalée au mois de juillet, ce qui a entraîné une contamination des eaux souterraines. La dernière en date remonte au 5 septembre. Le joint d'une canalisation enjambant le cours d'eau, a cédé, laissant échapper entre 300 et 500 litres de white spirit, le solvant utilisé dans l'élaboration de la pâte d'aluminium.
Prescriptions
Dans les trois cas, la procédure d'alerte liée au statut SEVESO de l'unité de production a été respectée. L'entreprise a alerté la Direction Régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'environnement (DRIRE), qui une fois son diagnostic établi dresse une liste prescriptions pour remédier à ce type d'incidents.
Le plus sérieux est celui découvert au mois de juillet. Une pollution examinée ce jeudi par la commission départementale de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques. Un projet d'arrêté préfectoral a été rédigé. Celui-ci dresse une série d'obligations à la charge de l'entreprise : diagnostic des sols, dispositions pour la résorption de la pollution, prélèvements obligatoires ainsi qu'un diagnostic approfondi du site. L'arrêté devrait être pris début octobre. La direction de Toyal n'a pas l'intention de contester les prescriptions dans la période de quinze jours qui lui est accordée. La pollution du 5 septembre quant à elle a fait l'objet d'un arrêté préfectoral d'urgence pour le nettoyage du site.
Double impact
Yves Boulaigue, responsable de la DRIRE 64, souligne un « taux d'incident anormal sur l'année 2006 ». Il préconise une modernisation totale du site. Quant à l'impact environnemental, il n'est pas négligeable. Malgré cela, les prélèvements récemment effectués sur les gaves de Lescun et d' Aspe n'ont pas révélé de dangers particuliers pour l'homme.
Hervé Lelièvre, président de Toyal Europe, explique : « Quinze ans que ça n'était pas arrivé et là les incidents se multiplient. L'année dernière nous avons débloqué 2,5 millions d'euros pour la protection de l'environnement. Cela prouve que le risque industriel quoiqu'on fasse sera toujours présent. Il faut s'efforcer de le minimiser. » Soit un argument supplémentaire pour l'entreprise japonaise de ne pas s'étendre en vallée d'Aspe en brandissant la carte environnementale.
Ces pollutions à répétition pourraient bien venir semer davantage le trouble dans le projet d'extension. Celui-ci en est toujours aux phases d'études techniques. L'Etat devait faire une proposition financière à Toyal à la fin juillet. « Nous, sommes fin septembre et j'attends toujours », affirme Hervé Lelièvre.
Source : Xavier Sota (Sud-Ouest)
Les écologistes se penchent sur le dossier
Plutôt discrète jusqu'ici, la société d'étude pour la protection et l'aménagement de la nature dans le sud ouest (SEPANSO), s'immisce dans l'épineux dossier Toyal. Elle siégeait jeudi à la commission départementale environnement et des risques sanitaires qui étudiaient le projet d'arrêt préfectoral sur la pollution déclarée par l'entreprise au mois de juillet. Au cours cette séance, ils ont découvert la pollution accidentelle intervenue en début de mois sur le gave de Lescun. Conséquence la SEPANSO entend porter l'affaire devant la justice.
Plainte
Elle adressera prochainement une plainte pour pollution des milieux aquatiques au procureur de la République avec copie au Préfet. Par ailleurs, elle se positionne désormais dans le débat sur l'extension du site d'Accous. « Le risque de pollution est avéré, l'accroissement de l'activité ne fera que multiplier les risques. Il existe un véritable risque en terme environnemental du fait de la proximité avec le parc naturel. La SEPANSO se postionne donc contre l'agrandissement sur site », explique Jacques Mahourat le président. Outre les problématiques d'ordre environnementales, il entend pointer la gabegie de moyens débloqués pour un scénario aspois. « Nous sommes également soucieux des deniers publics. L'implantation à Lacq coûterait 95 000 euros, alors que l'extension à Accous serait comprise entre 4,5 et 6 millions d'euros. » Ou quand les protecteurs de l'environnement font cause commune avec les industriels. En effet Jacques Mahourat estime: « Toyal est plus responsable que nos élus. Ils ont identifié les risques , nos élus non. Que se passera-il en cas d'accident de plus grande ampleur? »
Source : Sud-Ouest

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