Affaire Toyal. Alain Rousset, président PS du Conseil régional d'Aquitaine assure que la grève de la faim du député UDF a été « triplement catastrophique »
Interview par Pierre Tilinac (Sud-Ouest)
« L'action de Lassalle n'a rien apporté »
Vous êtes de ceux qui affirment que Jean Lassalle n'a rien gagné après ses trente-huit jours de grève de la faim. Quel bilan tirez-vous de son action ?
Alain Rousset: A mon sens, elle est triplement catastrophique. Pour l'action publique industrielle. Pour l'attractivité de notre pays car elle a été fortement médiatisée. Pour la vallée elle-même et, au-delà, pour tout le Béarn.
C'est un échec ?
Alain Rousset: Oui, mais cela montre qu'il est nécessaire de créer ou de revenir à une vraie politique industrielle dans notre pays. Une politique industrielle repose sur cinq actions majeures. La recherche et le développement. La politique d'investissement. L'appui aux fonds propres. La politique de formation pour les métiers qui existent ou existeront. Enfin, une politique d'accompagnement et de services aux industries pour assurer, entre autres, l'accès au haut débit. Mais, malgré les pôles de compétitivité, la France n'a pas de politique industrielle.
Pour vous, sur place, rien n'a changé ?
Alain Rousset: L'action de Jean Lassalle a suscité de l'émotion. Mais elle n'a rien apporté. L'entreprise avait prévu de se développer dans la vallée et quelques kilomètres plus loin. Dans une certaine mesure, je préfère que le développement se fasse à Lacq plutôt qu'en Roumanie.
Pourquoi la Roumanie ?
Alain Rousset: Parce que c'est comme cela que le problème va maintenant se poser, après l'action de Jean Lassalle. Mais si l'entreprise se développe, c'est aussi parce que nous avons lancé des projets de recherche entre le Conseil régional et l'entreprise Toyal. Dans un contexte de brutalité économique, stigmatiser une entreprise qui investit et qui investit à Accous est un acte à la limite de l'absurde. C'est plutôt une entreprise que l'on devrait montrer en exemple. Si l'on veut que les entreprises restent dans ces territoires, il faut accompagner leurs investissements, la formation de leurs salariés, rendre les sites plus accessibles et aider à la recherche de nouveaux produits. Ce que, modestement, nous faisons avec la Région.
Mais il existe tout de même des territoires plus sensibles que d'autres...
Alain Rousset: La vallée est industrielle, au moins partiellement. Et je ne méconnais pas du tout le fait que la vie de la haute vallée soit liée à Toyal. Mais le problème, maintenant, c'est de savoir comment vont réagir les entreprises qui sont installées plus bas, dans la vallée, autour d'Oloron, et qui ont des projets d'investissement.
Quelle peut être l'action de la Région ?
Alain Rousset: La Région qui accompagne l'entreprise va continuer à le faire. Nous finançons une bourse pour un programme de recherche sur de nouveaux produits. Les retombées se feront sur Accous. Ce n'est pas de la gesticulation. Ce sont des choses concrètes.
Vous vous interrogez sur les réactions des entreprises. Quelles pourraient être leurs réponses ?
Alain Rousset: Cette action spectaculaire a été médiatisée. Elle l'a été au Japon. Dans beaucoup d'autres pays. Telle qu'elle a été racontée, l'histoire plaît. Mais la réalité est tout autre : cela n'a pas été un combat contre les délocalisations mais contre le développement. Quelle image cela donne-t-il de l'attractivité nationale ? Aujourd'hui, le risque est fort de voir les entreprises aller se développer ailleurs qu'en France pour ne pas être confrontées à des chantages de cette nature.
Fondamentalement, pour l'emploi cela a été une très mauvaise chose.
Source : Sud-Ouest
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