Le maintien de l'entreprise sur son site d'Aspe semblait acquis après la grève de la faim du député Lassalle et l'accord avec le groupe industriel japonais. Mais d'autres plans s'échafaudent
Lassalle n'a pas encore gagné
En vallée d'Aspe, le sort de l'entreprise Toyal n'est toujours pas réglé. Tout laissait penser, pourtant, que le dossier béarnais allait être rapidement bouclé après le succès de la grève de la faim du député UDF Jean Lassalle. Plus d'un mois après le dénouement de la crise, l'affaire se complique.
En coulisses, le sujet fait encore l'objet d'âpres discussions. Tant au regard du montant élevé des investissements publics prévisibles que de la complexité des aménagements d'un site industriel coincé entre les montagnes.
Comme prévu, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a récemment organisé un tour de table de façon à enclencher le processus d'agrandissement de l'usine sur place, à Accous. Conclusion : la faisabilité technique du projet est acquise. Mais lors de cette rencontre à huis clos, les questions qui fâchent n'ont pas été abordées.
Dans le dos
Le directeur général de Toyal, Hervé Lelièvre, n'a toujours pas digéré la méthode de Jean Lassalle. Dans une perspective de croissance, il persiste à penser que la plate-forme d'Accous est trop étroite : « J'ai besoin de 5 hectares. Je ne sais pas où l'on va les trouver. A Lacq, la nouvelle production devait démarrer au printemps 2007. Je ne vois pas comment tenir ce calendrier maintenant. Nous sommes dans une situation extrêmement inconfortable. Je suis pressé par les investissements programmés. Alors j'envisage toutes les solutions. C'est mon travail. »
Ces dernières semaines, d'autres plans se sont discrètement échafaudés, parfois même dans le dos de l'élu aspois. Les pistes, jugées « plus rationnelles », commencent à s'ébruiter. On parle désormais d'une extension de Toyal à Cette-Eygun ou dans le vallon de Bedous, à une dizaine de kilomètres de là. Voire un peu plus loin, dans la zone d'activité du Gabarn, à Oloron-Sainte-Marie, porte d'entrée de la vallée d'Aspe détenue par l'UMP Hervé Lucbéreilh, possible candidat aux législatives face au député sortant (NDLB: Lassalle).
Une nouvelle route
Toyal doit conjuguer deux impératifs. Sa mise aux normes Seveso 2 et le développement de ses capacités de production. Le chantier de conformité implique des déplacements et des créations de bâtiments. L'entreprise a notamment besoin de nouvelles zones de stockage et d'une structure administrative. Hervé Lelièvre doit aussi implanter une autre ligne de fabrication pour se substituer à celle qui sera en travaux.
Selon lui, la première ébauche du projet ne prend pas en compte ces options. Pas plus que la création d'une unité pilote exigée par Toyal pour stabiliser ses paillettes. Pour y répondre, la communauté de communes de la vallée d'Aspe propose 15 000 mètres carrés supplémentaires. Juste à côté de l'usine. Problème : ils sont classés.
Et la procédure de déclassement s'annonce rocambolesque. Elle nécessite la signature de la ministre de l'Ecologie avec laquelle Jean Lassalle est en conflit sur la question de l'ours. (NDLB : Entre Nelly et la Castafiore, c'est la guerre ouverte. Nelly Olin est en train d'éplucher les comptes castafioresques de l'IPHB. Ce sont " Les grandes manoeuvres" pour le député mystique.)
De surcroît, la reconfiguration du site implique la création d'une nouvelle liaison routière pour conduire au village. Celle qui coupe aujourd'hui l'usine en deux avant de serpenter jusqu'au cirque de Lescun ne fait plus l'affaire pour des questions de sécurité. Les conclusions des études programmées devraient tomber à partir de la rentrée.
Facture lourde
L'articulation de tous ces paramètres fait bouillir les services de l'Etat et des collectivités locales. Le caractère dangereux des produits utilisés ou le voisinage sensible du gave et de la forêt n'arrangent rien. D'après l'étude de faisabilité, « en cas d'explosion ou d'incendie, il y aura des risques de propagation aux activités voisines ». La Direction régionale de l'industrie considère toutefois qu'il est possible de les maîtriser à condition d'y mettre les moyens. Tout est dit.
A Accous, la facture sera lourde. Plus que jamais, la situation laisse perplexe les cols blancs qui ont l'habitude de monter ce genre de financement. Qui va remplir l'enveloppe ? Soupçonné de ne pas y être allé avec le dos de la cuillère, le groupe Toyal estime le surcoût de l'opération entre 4 millions et 6 millions d'euros. Sans compter les 200 milles euros injectés par l'entreprise dans le projet avorté de Lacq, que l'Etat s'engage à compenser par un moyen ou par un autre. Un casse-tête.
« Je m'attendais à des soubresauts »
Jean Lassalle reste serein. A ses yeux, l'extension de l'usine Toyal est en bonne voie à Accous et nulle part ailleurs. « L'enjeu avec Toyal, c'est de maintenir 150 emplois dans la vallée d'Aspe. Et peut-être en créer tout autant à l'avenir. Son développement doit se réaliser sur son site actuel. Je n'ai pas fait tout cela pour revenir à la case départ. Toyal a besoin de 5 hectares. Ils sont à Accous si l'on prend également en compte le terrain EDF de 9 000 mètres carrés. »
« On sort d'une période difficile. La transition n'est pas terminée. Jusqu'au bout, le directeur de Toyal fera tout ce qu'il peut pour trouver d'autres solutions. Je m'attendais à des soubresauts. Il n'est pas non plus impossible qu'on me reparle de Lacq prochainement. Aucune alternative est envisageable », estime le député chanteur.
« Si d'autres hypothèses sont calculées, c'est pour allumer la mèche. Il reste encore à évaluer précisément le surcoût de l'extension à Accous. Pour l'instant, on ne dispose que d'un seul son de cloche : celui de Toyal. Et je ne m'inquiète pas pour les financements. Les fonds qui ont permis la réintroduction de quatre ours dans les Pyrénées n'ont jamais été votés. Et pourtant, l'argent n'a pas manqué. »
D'autres pistes sont avancées pour l'extension de l'usine Toyal. Notamment celle d'Oloron Sainte-Marie
L'extension de Toyal n'est pas un long gave tranquille
Entre Accous et Lescun, l'extension de l'usine Toyal en site propre n'est pas gagnée. L'hypothèse d'une solution alternative du côté de la zone d'activité du Gabarn, à Oloron-Sainte-Marie, est relancée. Le projet avait été déjà imaginé en 2003 sur ces mêmes terrains situés en bordure de la nationale 134. Sans lendemain. A la direction générale du fabricant de pâtes et poudres d'aluminium, Hervé Lelièvre étudie aujourd'hui encore « toutes les solutions », plus d'un mois après la grève de la faim du député Lassalle. Enclavé entre les montagnes, il ne voit toujours pas comment conjuguer la mise aux normes SEVESO et l'agrandissement de sa plate-forme. Il se déclare « très inquiet ».
Roumanie
Hervé Lucbéreilh, le maire UMP d'Oloron et vice-président du Conseil général, a discuté avec Hervé Lelièvre. L'élu local sait à quel point l'affaire est sensible, tant sur le plan politique qu'économique. Et il ne veut surtout pas passer pour l'empêcheur d'agrandir en rond sur les terres de l'UDF Jean Lassalle : « Je suis demandeur de rien. Je ne suis pas là pour piquer une entreprise aux voisins », dit-il. « En revanche, j'ai le devoir de tout essayer pour maintenir Toyal en Haut-Béarn. »
« Ne nous trompons pas », ajoute l'élu oloronais. « L'enjeu n'est pas de se battre entre territoires. Mais si Toyal préfère privilégier un jour une solution de repli en Roumanie, il vaut mieux lui proposer quelque chose dans le Piémont et conserver les emplois. C'est dans cet esprit que demeurent des possibilités à Oloron où vivent beaucoup de salariés de Toyal ».
D'autres pistes existent
Comme sur le terrain de l'ancienne gare de Cette-Eygun. Ou dans le vallon de Bedous. Elles sont moins sérieuses. Jean Lassalle n'en veut aucune. Elles remettraient en cause l'accord conclu à l'issue de sa grève de la faim et réactiveraient indirectement l'option abandonnée du bassin de Lacq.
De l'aide
« Je mise sur le comité d'accompagnement prévu dans le cadre de l'accord pour faire la part des choses », observe Jean Lassalle. « La direction régionale de l'industrie dit clairement que l'extension à Accous est possible. Tout le monde sait bien que l'on ne peut rien entreprendre dans le vallon au risque de tout faire sauter. Et la production de Toyal ne peut pas s'organiser sur deux sites différents pour des questions de coûts et de manutentions ».
A ce jour, la communauté de communes de la vallée d'Aspe propose à Toyal deux lots de 2,5 hectares et de 1,5 hectare autour de l'usine. Son président, René Rose, attend de l'aide : « Nous avons besoin de l'Etat, de la Région et du Département. D'où l'idée de former un syndicat mixte ». [ L'IPVA : Institution Patrimoniale de la Vallée d'Accous ? ] Aucun calendrier n'est encore défini. Il dépend des études dont les premières conclusions sont attendues entre septembre et octobre. Le temps presse pour tout le monde. [ NDLB : La grève de la faim du grand mystique béarnais sent le flop. ]
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