Bilan de l'IPHB 1994-1999
Madame Nelly Olin, ministre de l'Ecologie demande un inventaire chiffré des mesures de protection engagées par l'Institut Patrimonial du Haut-Béarn (IPHB). Jean Lassalle y voit « le début des grandes manoeuvres ».
En attendant l'avis du ministère sur le contrat de programme pluriannuel 2000-2005 de l'IPHB, prévu pour cet été, il m'a semblé intéressant de relire la présentation par l'IPHB du bilan précédent qui couvre la période 1994-1999. Analyse du contenu de ce bilan et citations extraites de la page de présention «IPHB bilans quantitatifs, qualitatifs, patrimonial des premiers contrats de programme pluriannuel 1994-1999 ».
En italique les citations et extraits des documents IPHB.
Une montagne de réunions patrimoniales: L’IPHB est atteint de « réunionite » aigüe
« Au cours des 6 années de mise en œuvre de la Charte, le Syndicat Mixte s'est réuni 46 fois, le Conseil de Gestion Patrimonial 43 fois. Les commissions forêt et agropastorale se sont respectivement réunies 36 et 31 fois. Les commissions Suivi et Audit, SIG et Sécurité pastorale ont tenu une vingtaine de réunions chacune. » Il va de soi que toutes ces réunions ont généré :
- une quantité de papier et de rapports à faire pâlir le meilleur des tronçonneur brésilien, à mille lieues du « développement durable » cher à l’IPHB, entre autres.
- Une série de « perles » digne des bêtisiers du web.
- Un style propre aux « acteurs » de cette Institution : « Il existe une culture commune des gens qui participent aux réunions (Note de la buvette : de l’IPHB) depuis 5-6 ans. Il faut même y faire attention parce que ça coupe les uns et les autres de leur base. »
Quelques perles de l’IPHB
L’IPHB est prolixe mais quelques « valléens » récupérés, car il semble que les « acteurs locaux » adoptent aussi le vocabulaire patrimonial de l’IPHB, pardon les « normes syntaxiques et la nomenclature concertée de l’Institution patrimoniale », à moins que les citations aient été traduites en langue « Ipéhachebé » par le gestionnaire du site (Didier Hervé?).
- « Les gens ont repris confiance en eux, ils savent qu’ils peuvent se gérer eux-mêmes. »
- « Avant on ne disait rien, maintenant on sait que tout est possible. " Effectivement, avec l'IPHB, tout est possible.
- « Le mérite de l'ours : nous avoir fait travailler entre vallées. » Si vous n'êtes pas du même village, vous êtes unétranger, alors d'une autre vallée...
- « Plus on avance, plus on affine les problèmes. »
- « L'ours a été un révélateur des difficultés de l'agriculture de montagne. », la goutte qui a fait déborder le vase, l'arbre qui cache la forêt, la mouche du coche...
- « Certains pensaient que ce territoire était en déprise agricole, que de facto il était quasiment vide, et que l'on pourrait en faire ce que l'on voulait... avec une optique d'urbain de considérer que l'on avait un territoire vierge. C’était une fausse analyse de la réalité de la montagne. »
- « On a réussi la réintégration de l’ours dans notre patrimoine. L’immense majorité se l'est approprié. Il fait partie de nous-mêmes. C’est une idée très généralement partagée. »
- « L’ours n’est plus l’ours à pourchasser, qui porte malheur ; On peut désormais travailler pour lui ».
- « L’IPHB nous rend service en complexifiant la réalité. C'est moins simple que ce que l'on pensait. » Y a-t-il un enarque dans la salle?
- « Au niveau local, le travail réalisé à l'IPHB a permis "d'incarner" cette réalité, jusque-là bien mystérieuse qu'est l'ours. » Et celà fait mal?
- « Il y a peu de lieux où l'on dit des choses aussi intelligentes sur l'ours. »
- « L'homme est lié à l'ours comme l'ours est lié à l'homme. »
- « Pour la plupart des acteurs, le travail accomplie (sic) confirme ou prouve que l’homme et l’ours peuvent continuer à vivre ensemble dans ces vallées. »
- « L’échec du renforcement exacerbe les tensions entre les partenaires. »
- « Cette réintroduction (NDLB : la première en 1996-1997) interfère avec la gestion de l’ours béarnais et brouille la compréhension de l’action de l’IPHB. »
- « Le Comité Intervalléen commandite à Henry Ollagnon un audit patrimonial en 1991-1992. Il en ressort cinq idées fortes : Personne, parmi les personnes rencontrées, ne souhaite la mort de l’ours, tout le monde s’accorde sur une population de 70 à 90 ours sur l’ensemble du massif pyrénéen, tout le monde veut un ours dans la montagne qui vivra de façon libre et autoreproductible, L’avenir de l’ours se joue de façon transverse aux appropriations publiques et privées : il n’y a de solution ni dans l’une ni dans l’autre exclusivement , pour que l’ours soit le patrimoine des Français il faut qu’il soit le patrimoine des Béarnais. » Quelle distance entre les paroles et les actes !
- « Personne n'est en mesure actuellement de dire avec certitude le nombre d'ours vivants. » Compter, il faut compter, encore et toujours : 1 ours, 2 ours, 3 ours ...
- « Au moins dans ces vallées ils ont la chance que leurs ours restent à peu près au même endroit, ce qui n’est pas le cas des ours slovènes ». (Exact, au moment du lâcher, les ours slovènes circulent beaucoup, histoire de se trouver un "chez soi". Après, ils se calment et adoptent un comportement purement "pyrénéen": Les femelles se sédentarisent, tandis que les mâles couvrent un territoire plus grand. Exactement comme les ours "bleu, blanc, rouge". C'est les mêmes, l'accent est un peu différent pour la première génération "Groumph" au lieu de "Groumpheu, con".
- « Personne n’est plus légitime ni efficace pour prendre l’ours en charge que l’IPHB. » (sic) Puis-je vous baiser les pieds, oh, grand maitre?
« L'IPHB catalyseur et facilitateur de la gestion en patrimoine commun : permettre de faire et non pas faire. » Ah, qu'il est bon de laissez faire les autres. - « La qualité de l’eau contribue à la qualité des fromages. » C'est comme la bière et le whisky alors? Ossau-Iraty with Ogeu thermal water 100%
L’IPHB parle de ses résultats 2000-2005
- « Les réalisations (NDLB : de pistes) sont, du point de vue quantitatif, inférieures à la moitié de l'objectif initial. » Quel est l’objectif ? « Désenclaver » ou détruire les dernières zones refuges ?
- « La sous-réalisation de l'objectif (NDLB : Mise aux normes des ateliers de fabrication de fromage et aires de traites) provient du changement de priorité lié à l'évolution de la pression réglementaire. » C'est pas moi, c'est Bruxelles.
- « La sous-réalisation de l'objectif quantitatif (NDLB : la distribution de radiotéléphones) semble s'expliquer par une surestimation des besoins. »
- « La rénovation des cabanes à contribué de façon significative à l'amélioration des conditions de vie des bergers. » Un point positif, je connais des cabanes dûr dûr d'y loger!
- « Ce sont un peu plus de 4.000.000 F (*) qui ont été mobilisés au travers de l'axe "Assurer la sécurité des troupeaux et des bergers sur les estives" (…) Cet axe, intitulé "Mesures pour le gardiennage des troupeaux en estives" portant sur les problèmes spécifiques du gardiennage, est unanimement reconnu comme une réussite et une des réponses au problème de sécurité des troupeaux, des bergers ainsi qu'à l'amélioration de leurs conditions de vie. » Nous sommes bien d’accord, les mesures de protection des troupeaux est une des réponses aux problèmes des bergers et à la cohabitation Ours/pastoralisme. Je suis heureux de le lire sur le site de l’IPHB.
(*) Bilans quantitatifs, qualitatif, patrimonial des premiers contrats de programme pluriannuel 1994-1999. - « Promotion mesurée de l'exploitation forestière par voie aérienne : (…), le niveau de réalisation de cette action reste très faible. Les acteurs se retrouvent autour de l'idée que le développement du câble répond (…) à un double objectif : la diminution du dérangement d'une part, et la possibilité d'exploiter des parcelles pour lesquelles les pistes ne sont pas réalisables d'autre part. Le surcoût lié à cette technique constitue une véritable contrainte. »
- « Amélioration trophique (NDLB: qui se rapporte à la nutrition, changer de menu) de l'habitat : le taux de mobilisation financière de l'action est satisfaisant puisqu'il est de 75% (…). Cependant, il serait souhaitable de pouvoir examiner les résultats de cette action au regard d'indicateurs préalablement définis ou d'objectifs pertinents clairement identifiés (Nombre de parcelles, superficie, localisation, zone de présence régulière ou occasionnelle de l'ours actualisées, etc.). L'offre actuelle est estimée suffisante en valeur absolue mais serait d'une répartition spatiale et d'une qualité pénalisante pour la population ursine.
« Réalisations d’accès réglementés : (…) Les principales difficultés de cette action sont au niveau de la réalisation de contrôles et de l'application de sanctions insuffisantes par les agents assermentés en charge du rôle de police ainsi que de l'apparition de conflits d'usage entre vocation professionnelle et touristique de certaines pistes. Cette question repose le problème de la réalisation d'un schéma global de desserte de l'espace IPHB. » - « Les représentants des bergers, présents au sein de l'IPHB, craignent que le développement de ce service (NDLB : le muletage) constitue un prétexte pour que les projets de désenclavement par piste soient refusés. Le développement de ce service s'inscrit bien dans une logique de développement durable par la prise en compte de la création d'une activité. » Autre avantage du muletage : la protection des zones à ours par une diminution des pistes pastorales à créer !
- « Si le maintien de la souche d'ours pyrénéen est un fait au terme de la Charte, on ne peut pas conclure pour autant que toutes des conditions de ce maintien soit réunies et garanties. Faute d'indicateur, rien ne permet d'affirmer que la première étape (le maintien de la souche locale d'ours brun dans des conditions de vie naturelle et la mise au point des règles de gestion d'une population expérimentale ) a été franchie, même si la plupart des actions menées sont conformes aux stratégies choisies. » C'est le moins que l'on puisse prévoir. Depuis la souche pyrénéenne pure est éteinte. Il ne reste que des métisses franco-slovène.
Les objectifs de l’IPHB
Les objectifs de l'IPHB manquent parfois de ...clarté. Exemple: l'institution déclare à propos de ses objectifs dans le cadre de la suite (éventuelle) de sa mission, accrochez-vous :
- « Aider à définir et à faire prendre en charge des thèmes transversaux : On peut distinguer deux types de thèmes transverses : Ceux qui nécessitent une coopération inter-filières pour des choix techniques mutuellement bénéfiques et ceux qui concernent des qualités globales du territoire et nécessitent une prise en charge "complexe et multi-acteurs. »
- Une des propositions d’avenir : « Une équipe de facilitation sécurisée et plus performante dans le domaine de la médiation et de la gestion d’un organisme participatif : Programme de formation adapté (négociation ; animation ; gestion de la qualité). » Tout un programme !
Les ambitions exportatrices de l’IPHB
Face à l’opposition que suscite l’IPHB, ce que Jean Lassalle appelle aujourd'hui « les grandes manœuvres », la peur s’installe déjà en 2000 chez les responsables du "grand machin" de voir son rôle se restreindre. Il est temps pour l'IPHB de s’inventer de nouvelles missions, un nouveau rôle, au cas où on lui retirerait la gestion du budget « ours » . L’eau en est un bon exemple : de nouveaux budgets, de nouveaux financements en perspectives. Je cite : « Du fait du processus de patrimonialisation / repatrimonialisation en cours, les acteurs concernés par le Haut-Béarn ont élargi la sphère de ce qu'ils souhaiteraient prendre en charge en patrimoine commun. Ceci dépasse donc l'ours, même si celui-ci reste un élément important, incontournable, de ce territoire. On peut citer par exemple :
- La qualité de l’eau. Elle contribue à la qualité des fromages (qualité sanitaire, gustative, …), à la qualité de la pêche (quantité et qualité pour les truites, les saumons, …), à la qualité du tourisme (possibilité de se baigner, …), à la qualité environnementale, …
- La qualité du paysage.
- La qualité de la biodiversité en général. (sic)
- Etc.
Les acteurs rencontrés (*) NDLB : Notez qu’ils ne sont jamais nommés. L’imprécision est une grande règle dans une majorité des documents de l’IPHB. Wikipédia : « Imprécision intentionnelle: il s'agit de rapporter des faits en les déformant ou de citer des statistiques sans en indiquer les sources. L'intention est de donner au discours un contenu d'apparence scientifique, sans permettre d'analyser sa validité ou son applicabilité.»
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