Affaire Toyal. Le groupe japonais digère mal l'épreuve de force imposée par Jean Lassalle et n'a pas dit son dernier mot. Réaction du directeur de la stratégie.
« Et si nous polluons ? »
Le groupe japonais Toyo Aluminium va étudier la faisabilité de l'extension de ses activités à Accous (Pyrénées-Atlantiques), mais reste « fortement inquiet » sur l'impact financier et écologique, jugeant en outre que l'attractivité de la France ne sort pas grandie de l'épreuve.
« Nous allons étudier les modalités de l'extension à Accous, comme nous nous y sommes engagés, mais nous demeurons fortement inquiets concernant les problèmes environnementaux et financiers », déclare le directeur du département de stratégie internationale du groupe, Yasuo Hayashi. « Nous estimons qu'il reviendra deux à trois fois plus cher de construire notre nouvelle usine à Accous plutôt qu'à Lacq, compte tenu des aménagements à réaliser et des précautions à prendre sur le plan environnemental. »
Activités chimiques
Certes, l'Etat français s'est dit « prêt à compenser financièrement le surcoût éventuel de la réalisation à Accous des investissements initialement prévus à Lacq », mais à quelle hauteur ? « Rien n'est concrètement spécifié », s'est interrogé le directeur de la stratégie de Toyo Aluminium, entreprise de taille moyenne basée à Osaka (ouest du Japon).
Outre le coût des investissements, le groupe nippon s'inquiète des risques de pollution du cours d'eau qui jouxte le terrain proposé pour son extension à Accous et de l'impact de ses activités chimiques, potentiellement dangereuses, sur le Parc national des Pyrénées voisin.
« Et si nous polluons la rivière ? Devrons-nous alors faire face aux protestations des défenseurs de l'environnement ? », s'est demandé M. Hayashi.
De plus, le terrain en question paraît peu adapté à l'implantation d'une usine, « puisqu'il est en pente et qu'une maison est bâtie juste à côté. Construit-on une usine sur des gradins ? », a t-il fait remarquer, photo à l'appui.
« Pour les activités nouvelles que nous voulons développer, une zone industrielle aménagée pour ce type d'industrie, comme celle de Lacq, était préférable. Nous sommes une entreprise responsable. Nous décidons de nos investissements en tenant compte des risques de pollution », a plaidé M. Hayashi.
A la question d'une éventuelle infaisabilité du projet d'extension à Accous, le responsable de Toyo a répondu : « Si à l'issue de l'étude que nous allons lancer avec une équipe spéciale en cours de constitution, il s'avère qu'il est impossible de faire cette usine à Accous sans risques, ce sera une autre histoire. »
Malentendu
Initialement, le groupe d'Osaka avait choisi d'implanter une nouvelle structure en Allemagne pour sa filiale Toyal Europe. Ayant eu connaissance de la disponibilité d'un terrain à Lacq, à 65 km d'Accous, il avait finalement préféré constituer deux sites à faible distance l'un de l'autre en France, a rappelé M. Hayashi.
Mais Toyal a dû renoncer à son projet de Lacq à la suite de la spectaculaire grève de la faim du député UDF local, Jean Lassalle, qui craignait de voir à terme l'usine d'Accous, principal employeur du village, déménager vers Lacq.
Les dirigeants de Toyal ont toujours démenti un quelconque projet de fermeture du site d'Accous et ont été choqués par l'« entêtement » du député, reposant selon eux sur « un malentendu total ».
L'épreuve de force a été fort mal perçue par le groupe japonais, qui s'est senti contraint de négocier « le couteau sous la gorge ».
Mauvaise image donnée
« Les médias ont mis l'accent sur l'action de M. Lassalle. Pourtant, depuis le départ nous avons dit, sans être entendus, que nous n'avions pas l'intention de quitter Accous et que cette grève de la faim était très mauvaise pour l'image de la France », a déploré M. Hayashi.
« Désormais, les gens commencent à nous entendre et à se rendre compte des dommages causés à la France. Les étrangers vont s'interroger avant d'investir, malgré le rayonnement culturel de l'Hexagone », a-t-il averti.
Source : Sud-Ouest
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