Le patron des patrons de Béarn et Soule, Patrick de Stampa, défend le monde de l'entreprise au lendemain de la grève de la faim du député Jean Lassalle: « Il n'avait pas le droit »
Interview
Alain Babaud : Le député UDF Jean Lassalle a expliqué sa grève de la faim par la conviction que Toyal ne disait pas tout de ses projets, et se préparait à partir d'Accous pour s'installer à Lacq. Quelle conclusion en tire le représentant des patrons et élu local que vous êtes ?
Patrick de Stampa : Jean Lassalle n'a pas cru en la parole du chef d'entreprise. Le problème de fond, il est là, c'est celui du manque de confiance envers les chefs d'entreprise. Ce sont les entreprises qui font le développement économique. Et 99,9 % des chefs d'entreprise sont des gens responsables, qui prennent des risques pour se développer et créer de la richesse, parfois à leurs dépens.
Vous pensez que le député est allé trop loin ?
Patrick de Stampa : « L'entreprise s'est retrouvée devant un chantage inacceptable : la vie d'un homme contre l'abandon d'un projet de développement ! Jean Lassalle s'est trompé de bataille. Je l'aime bien, il est souvent pertinent. Mais je sais que c'est un humaniste, alors je suis déçu. La parole d'un chef d'entreprise ne vaut pas moins que les autres. Quand Jean Lassalle défend sa vallée, qu'il demande des assurances, très bien. Il est dans son rôle d'élu. Mais quand il obtient ses assurances, il doit s'arrêter.
La relation patrons-élus doit reposer sur la confiance, sinon rien n'est possible. Empêcher le développement d'une entreprise, c'est la mettre en danger. Les patrons sont demandeurs de plus de contacts, d'échanges avec les élus, pour une meilleure compréhension mutuelle. Mais un député n'a pas le droit de s'ingérer dans leur gestion, leurs choix stratégiques. C'est incompréhensible et dangereux pour l'attractivité de la France pour les capitaux étrangers ».
Vous craignez des effets négatifs pour le Béarn précisément ?
Patrick de Stampa : « Il y aura moyen d'y remédier, mais il vaut mieux que ça ne se répète pas. Et il faut qu'on ait au niveau du Béarn, des Pyrénées-Atlantiques et de l'Adour des politiques de développement cohérentes, à l'image de ce qui se fait en Espagne par exemple.
Pour nos vallées pyrénéennes, malheureusement, je n'entends parler d'aucun projet de développement. On est sur la défensive là où il faudrait être offensif. Maintenant, il ne faut pas donner plus d'importance à cet acte isolé qu'il n'en a. Je ne crois pas que la grève de la faim devienne la règle en cas de problème.
La spectre des délocalisations paraît aujourd'hui bien présent dans les esprits. Vous avez connaissance de menaces réelles ?
Patrick de Stampa : « Non, je n'ai connaissance d'aucun projet de délocalisation sur les pays de l'Adour. Une entreprise ne déménage pas du jour au lendemain. Quand elle s'installe quelque part, avec de bonnes raisons pour cela, c'est pour y rester et grandir. Bien sûr, il y a des exemples contraires, mais ils sont rares. En revanche, personne n'en parle jamais, mais il y a des chefs d'entreprise qui vont mal, qui dépriment et vont jusqu'au suicide, parfois, face à leurs difficultés. Parce qu'ils ont le souci de leurs salariés, du développement local. Les entrepreneurs sont des hommes et femmes comme les autres. Il faut leur faire confiance, les comprendre, les aider dans la difficulté, plutôt que leur jeter la pierre. »
Source : Sud Ouest
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