par Eric RAFFI Président de l'association Cyber Nature
18 décembre 2004
Devant ce nouvel engouement collectif en faveur de nouveaux lâchés, personne n'a pu s'empêcher de se féliciter de la chose, reprenant chacun peu ou prou, une part de responsabilité de cette bonne nouvelle. Mais après ce moment d'euphorie généralisée, qui, je le rappelle, a pour point de départ la disparition effective de la sous-espèce pyrénéenne, l'ardeur commence à se dissiper...
La souche slovène qui semblait jusqu'alors la plus proche, génétiquement, de nos plantigrades locaux, semble soudainement ne plus correspondre aux besoins français...
La Slovénie, petit pays de 20 millions d'habitants, abrite une population ursine de 400 à 500 individus. Là-bas, l'ours est géré comme un atout touristique pour les occidentaux férus d'images ou de trophées.
En 1998 déjà, une délégation menée par le directeur de l'IPHB, avait décidé que la souche slovène n'était pas "compatible" avec les contraintes pyrénéennes ; en effet, selon eux, les ours slovènes seraient dénaturés par l'action de l'homme qui nourrirait constamment les animaux afin de les cantonner, de manière à permettre aux chasseurs fortunés de tirer leurs bêtes sans trop avoir à chercher. Toujours d'après eux, ces ours dévoyés seraient donc un danger potentiel, n'étant plus habitués à trouver leur nourriture par eux-même et s'approchant donc des hommes pour réclamer leur pitance avec d'importants risques d'accidents.
Il va de soi que le voyage de 1998 ne peut en fait être considéré comme autre qu'un voyage touristique aux frais de la princesse, uniquement destiné à redorer le blason de cet institution en mal de reconnaissance, déjà à l'époque.
Pour nous être rendus en Slovénie, nous pouvons affirmer que la moindre recherche sérieuse de ces messieurs, leur aurait démontré que le nourrissage, même s'il existe, se borne à déposer des appâts (carcasses ou pommes...) qu'en période de chasse et très peu de temps avant les tirs prévus.
Nous avons pu constater sur place, que même avec l'abondance des indices de présence, et sur un secteur pourtant dédié, sur une place de "nourrissage" en ligne de mire d'un mirador habituellement réservé à la chasse à l'ours, il était illusoire d'espérer observer quoi que ce soit à coup sûr. Les organisateurs des parties de chasse, qu'ils soient publics ou privés, nous ont confirmé le fait que le nourrissage étant ponctuel.
Bizaremment, il semble en fait qu'à peine un mois après les prises de position, une certaine partie de la classe politique commence à chercher à gagner du temps. Nous rappelons que depuis sa création, l'IPHB n'a cessé de souffler le chaud et le froid en ce qui concerne les renforcements de population. En disant officiellement être "pour" de nouveaux lâchés mais en associant à cette soit-disant volonté, des clauses telles que cela serait toujours impossible...
Il semble donc que rien n'ait changé dans les pratiques de cette structure, un de ses points les plus importants était (est ?) de donner le pouvoir aux communes d'autoriser la reprise de n'importe quel individu jugé "gênant"... ce qui reviendrait, à très court terme, à faire disparaître les ours en dehors des territoires communaux de la petite poignée de communes réellement en faveur du maintien de l'Ours, comme Arbas.
Après avoir été considéré comme un "monstre sanguinaire", l'Ours slovène est donc encore sur la sellette, mais considéré maintenant comme "pas assez sauvage"...
De toute façon, ce nouvel épisode ne change rien de fondamental dans le domaine. Il faut bien reconnaître que, comme nous le pensions, il n'existe pas de réelle volonté permettant d'avoir un jour une population viable d'Ours dans les Pyrénées ; les lâchés prévus n'étant tout au plus à mettre qu'au même niveau que les lâchés de faisans la veille de l'ouverture de la chasse. La mise en place d'un "Oursland pyrénéicus" semble en bonne voie... reste à savoir où seront placés les guichets et les baraques à frites...
Eric RAFFI Président de l'association Cyber Nature
Sources : gauches.net
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