Christophe CORET, Président de l’association AVES FRANCE dresse le bilan de 12 années de gestion du dossier "Ours" par l'IPHB, Institut Patrimonial du Haut-Béarn. Un plébiscite? Pas vraiment. Jugez plutôt...
Samedi 26 novembre 2005
Christophe CORET
Retour en arrière
En 1993, il ne restait que 7 à 8 ours dans les Pyrénées. Un programme de réintroduction des ours dans les Pyrénées se met alors en place pour tenter de sauver cette espèce qui comptait encore environ 70 représentants en 1954. 12 ans après, quel bilan pour l’IPHB, fière organisation qui s’est emparée du dossier ours ?
Le XXème siècle aura été pour les ours en France synonyme de déclin et presque d’extinction. Entre 150 et 300 ours dans les années 1900, environ 70 ours en 1950, 25 en 1975 et 7 ou 8 en 1990 ! Les mesures de protection se sont pourtant succédées :
- interdiction de la chasse en 1957,
- création du Parc national des Pyrénées en 1967,
- indemnisation des bergers 1979
Rien n’arrêtera le déclin du nombre d’ours, victimes du braconnage (poison, armes), de la destruction de leur habitat et du dérangement. Dès les années 90, on sait que la conservation de l’ours ne pourra se faire sans l’introduction de nouveaux spécimens pour renforcer le petit nombre d’animaux restants. C’est à la fin de l’année 1993 qu’un groupe de travail des vallées béarnaises rédige la « Charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l’ours », sans même inviter les associations de protection de l’environnement, et que naîtra l’IPHB (Institution patrimoniale du Haut Béarn) qui s’emparera du dossier « Ours des Pyrénées ».
l'Institution Patrimoniale du Haut Béarn
Une des missions de l’IPHB était d’organiser des réunions publiques localement, afin de rassurer les Pyrénéens face à la présence de l’ours et de trouver des solutions pour que l’homme et l’animal puissent cohabiter pacifiquement.
Lors de la signature de la charte par l’IPHB, Jean Lassalle se réjouissait qu’enfin les valléens puissent être consultés par les décideurs « parisiens » ou « bruxellois », extrémistes ne pouvant pas comprendre les « réalités locales ». Or, le programme de réunions publiques s’est arrêté en 1996, peu après son démarrage et n’a plus jamais été remis à l’ordre du jour.
Avec 843.000 euros de budget primitif en 2005 et au sortir d’une grande crise suite à la mort de Cannelle et aux déclarations du MEDD quant à la reprise des réintroductions d’ours en 2006, nous pouvons nous demander pourquoi les élus sont tellement attachés à l’IPHB ? Est-ce parce que c’est la certitude d’un immobilisme ?
L’IPHB a pour mission de faire accepter les ours par les pyrénéens, mais elle n’accepte ces règles que si le nombre d’ours frôle l’extinction ! Rappelons tout de même que les montagnes du Haut Béarn abritent les derniers ours français dans les vallées d’Ossau, d’Aspe et de Barétous... soit 3 ours mâles et un ourson !
Vu le budget annuel de l’IPHB, il semble légitime de se demander quelle part dudit budget est réellement allouée à la conservation de l’ours et quel pourcentage est consacré à la conservation du pastoralisme :
- héliportage du matériel,
- hélitreuillage des animaux blessés,
- restauration des cabanes,
- muletage
l'IPHB est un leurre
Dans les faits, il semble évident que l’IPHB soit un leurre, une structure composée d’élus locaux formellement opposés à « l’ours, qui est aussi un fauve à l’état sauvage » (Jean Lassalle), et qui a réussi à prendre le contrôle du dossier ours en France en se faisant passer pour de « vrais protecteurs » de l’environnement (contrairement aux autres associations qui sont des regroupements d’urbains extrémistes).
Prenons pour exemple la première proposition de renforcement de 1997, qui a avorté en 1999. L’IPHB, toujours dans son rôle de grand défenseur de la cause de l’ours, prépare son dossier et l’envoie au ministère de l’écologie, alors dirigé par Dominique Voynet. La Ministre est favorable au plan de réintroductions, mais l’IPHB a inclus à ce plan certaines exigences, dont une qui est inacceptable pour la Ministre. En effet, l’IPHB demande la capture d’un ou deux ours (sur les 5 individus restants dans le Haut Béarn) afin de les équiper d’une balise permettant un suivi télémétrique. Dominique Voynet ne peut accepter ce compromis qui pourrait mettre en danger cette population d’ours déjà en difficulté, mais apporte son soutien à l’IPHB pour la poursuite du plan. Face à cette opposition, l’IPHB a retiré son projet et les réintroductions n’ont pas été réalisées.
Voilà une preuve que l’IPHB contrôle le dossier ours. Nous entendons toujours dire de la part de l’IPHB que les Pyrénéens sont contre l’ours alors que les sondages prouvent le contraire. En 12 ans d’actions sur le terrain, l’Institution Patrimoniale du Haut Bearn n’a pas réussi à faire accepter complètement la présence de 4 ours sur son territoire (peut-être parce que ses dirigeants ne l’acceptent pas eux-mêmes !) L’IPHB empêche le dossier ours d’avancer, c’est une évidence. Mais pourquoi l’Etat continue-t-il de donner de l’importance à cette structure ?
Arrèter les nuissances de l'IPHB
Certes, l’IPHB participe à l’indemnisation des dégâts d’ours, aux campagnes de sensibilisation, aux études biologiques sur l’animal, à la mise en place de moyens de protection sur les estives. En contrepartie, elle continue de détruire l’habitat des ours en construisant des pistes ou en réalisant des équipements pastoraux et forestiers... Or, il semble indispensable d’arrêter au plus vite de créer de nouvelles nuisances, et même de mettre un terme à celles existantes pour favoriser la conservation des ours. Mais l’IPHB n’a-t-elle pas d’autre but que d’attendre l’extinction naturelle des ours ?
Notons tout de même que 3 ourses ont été tuées par des chasseurs depuis 1993, date du lancement du programme de "réintroduction" de l’ours :
- Claude à Borce en 1994
- Mellba en 1997
- Cannelle en 2004.
Sans oublier que lorsque Papillon, le doyen des ours des Pyrénées est décédé (de mort naturelle), son autopsie a révélé la présence d’une cinquantaine de plombs dans son corps. Cela prouve, s’il le fallait encore, que 12 années n’ont pas suffi à l’IPHB à faire accepter l’ours par les valléens les plus obtus.
Si, au lieu de faire passer ces habitants de la montagne pour des victimes et l’ours pour le bouc émissaire idéal (comme aiment le faire Jean Lassalle et Henry Ollagnon : « il est vrai que l’ours a fait beaucoup souffrir nos vallées »...),l’IPHB pouvait voir la présence de l’ours comme une chance ou une valeur ajoutée (comme le font l’ACP, l’ADET, les éleveurs de broutards...), la présence du plantigrade serait peut-être plus facile à accepter. De plus, la reprise des réunions publiques, en présence d’experts ayant l’habitude de croiser les ours, permettrait de rassurer les populations locales face à la présence du prédateur.
De nouvelles réintroductions ont été annoncées par Nelly Olin, Ministre de l’écologie et du développement durable. 5 ourses seront réintroduites dont 2 dans le Béarn (?), sous réserve d’acceptation par les partenaires locaux. Peut-être serait-il bon de profiter de ce nouvel élan pour changer d’interlocuteur sur le plan local et de trouver une autre structure qui pourrait réaliser correctement les missions de l’IPHB. Un recul de 12 années paraît suffisant pour dresser un bilan de réactions anti-environnementales. L’acceptation de l’ours ne pourra se faire durablement qu’avec des partenaires locaux fiables.
Jean Lassalle : "Faisons en sorte qu'ils puissent vivre ensemble"
« L’homme vivant dans les montagnes et l’ours sont aujourd’hui tous les deux condamnés à disparaître. Sauvons les tous les deux et faisons en sorte qu’ils puissent vivre ensemble, avec une approche et des moyens de notre temps, comme ils le firent dans un contexte autrement plus difficile et sans interruptions en Béarn depuis la nuit des temps. »
Jean Lassalle, Président de l’IPHB, décembre 2004.
Cette déclaration a de quoi faire sourire quand on sait que le Haut Béarn accueille 4 ours pour 80 000 ovins et 22 000 bovins ! Le pastoralisme est en danger, certes, mais il est de plus en plus difficile (et surtout de moins en moins crédible) de faire de l’ours le responsable des difficultés économiques des éleveurs...
Christophe CORET
Président de l’association AVES FRANCE
134 rue du renard - 76000 ROUEN -Tél. : 02.76.00.44.23
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